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Prémices aux rêves

Et si le sommeil n’était pas une fin… mais une porte ?

Du mal à vous endormir ?
Choisissez un récit dans le catalogue, laissez-vous entraîner par les mots…
puis le rêve prendra le relais.

CATALOGUE
1. L’oreiller  ♦   2. La chambre qui se souvient  ♦   3. La gare  ♦   4. Le Cirque d’hier  ♦   5. Station Arc-en-ciel  ♦   6. La spirale apprivoisée  ♦   7. Les fleurs-poèmes  ♦   8. Le passage  ♦   9. Rencontre avec un rêve  ♦   10. Double-cinq

Le catalogue s'enrichit peu à peu de nouveaux récits. N'hésitez pas à revenir les découvrir.


1. L’oreiller

Vous venez de vous coucher.
Comme souvent, des pensées sournoises caracolent dans votre tête.
Elles s'accrochent, gluantes, tenaces, perfides.
Une fois de plus, vous allez passer une nuit blanche…

Mais, voici que votre oreiller se met en boule.
La taie, rayée de bleu et gris, se soulève.
Une douzaine de petites pensées en sortent, décidées et guerrières.
L’une d’elles se présente :
— Je suis une belle pensée, moi !
— Moi, je suis une pensée géniale, dit une autre.
— Et moi, dit encore une autre, je suis une pensée qui chasse l’autre.
Elle rit et ajoute :
— Vos mauvaises pensées, pff, je vais vous en débarrasser !
Une pensée folle est repoussée et sort du lit en élucubrant.
Une main se lève timidement :
— Je suis un pense-bête, puis-je me joindre à vous ?
Les autres acceptent en se serrant un peu.

D’autres pensées s’installent sur l’oreiller,
Une pensée pure,
Une pensée délicate,
Une pensée logique,
Une pensée gentille,
Une pensée à autre chose,
Une pensée pour vous.

Certaines campent sur votre front ou même sur votre nez.

Séance tenante, elles ouvrent un colloque intitulé :
« Faire fuir les mauvaises pensées. »

La pensée chasseuse a déjà commencé à secouer l’une de vos oreilles et mis en fuite un gros paquet de mauvaises pensées !
Les autres la félicitent tout en continuant leur conférence.

La pensée géniale s’est imposée :
— Nous allons toutes aménager un poste de garde dans l'oreiller.
— Nous proposerons des images douces.
— Des couleurs !
— Des éclats de rires !
Ainsi font-elles.

L'oreiller cent pour cent coton, plus confortable que jamais, tiède et libéré, somnole à présent.

Et vous, la tête enfin emplie d'un lot de belles pensées, vous sombrez peu à peu dans une quiétude sans fond.

Cette nuit ne sera pas une nuit blanche…

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2. La chambre qui se souvient

Vous êtes dans une grande salle claire.
Quatre fenêtres ornées de rideaux.
L’une d’elles est ouverte.
Le voile, fin comme une mousseline de mariée, se creuse sous la bise, délicat, et coule en fine pluie souple.

Les meubles sont en érable.
Le bois est si tiède qu’il semble encore vivant.

Dans une armoire, un ruban s’enfuit à votre approche.
Ailleurs, un peigne rouillé et ébréché cache ses failles au fond d’une malle de voyage.
Vous refermez pudiquement le couvercle, puis ouvrez les tiroirs d’un bureau.
L’un d’eux craque légèrement.
Au fond, une photo, coincée dans l’encastrement.
Un peu racornie, elle rappelle un autre siècle.
Vous découvrez un visage de jeune femme, aux traits mal ajustés, la silhouette fondue sous un gris indécis.

La jeune femme de l’image rougit en vous voyant, semble gênée et s’excuse :
— Je sais que je suis toute brouillée, le photographe n’était qu’un débutant. Il m’a développée dans une chambre noire… alors, vous pensez !
— Vous êtes dans ce tiroir depuis longtemps ?
— Je squatte ici depuis… depuis ? Sommes-nous encore au XIXe siècle ?
Vous vous retenez d’éclater de rire :
— Pas vraiment ! Mais vous… vous semblez jeune ? Non ?
L’humeur batifole, vous continuez vos observations sans remarquer la moue de dépit de la jeune femme :
— En étudiant vos traits de plus près… Ce n’est pas net, l’image est déformée… En tout cas, l’objectif était ailleurs. Entre nous, vous ressemblez plutôt à un négatif…
Définitivement vexée, la photo se recroqueville.
Puis, sans mot dire, elle part bouder dans le tiroir d’à côté.

Amusé, vous l’abandonnez à son passé.
Le meuble se referme sur un autre temps.

Cette vieille demeure a encore des secrets.
Certaines douceurs font rêver.

Au milieu de la salle, un grand drap est étalé sur le sol.
Vous le soulevez : il protège un tapis épais en coton mousseux.
Sa face veloutée donne envie de s’y laisser couler.

Vous vous allongez.

Votre corps n’a plus de poids.
Le silence tourne en boucle…

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3. La gare

Ce qui vous a le plus surpris, c’était de descendre du train en arrivant dans cette gare.

Vous regardez la grande agitation autour de vous.
Les gens courent dans tous les sens, pressés.
Des haut-parleurs hurlent leurs annonces :
— Le train de…
— 17 heures vingt…
— Direction de…
— Quai 3…

Peu à peu, la foule semble se dissoudre.

Vous ne connaissez pas cette gare. Alors, que faites-vous ici ?
D’ailleurs, vous n’avez pas pris le train.
Vous êtes sur un quai de gare, seul, une valise à côté de vous.
Que faites-vous ici ?

Votre dernier souvenir est celui de votre coucher.

Vous n’arriviez pas à vous endormir.
Comment êtes-vous arrivé ici ?
Et d’abord, de quelle gare s’agit-il ?

Vous remontez le quai et apercevez un écriteau.
Blanc.
Rien n’est écrit.
« Chouette, pensez-vous, je suis sans doute ailleurs ! »

Hier soir, vous étiez dans votre lit et attendiez de vous endormir.
Que s’est-il passé ?

Un type vous appelle :
— Monsieur, monsieur ?
— Quoi ?
— C’est à vous cette valise ?
— Je ne sais pas… oui, je la reconnais. Elle est sans doute à moi.
— Ne la laissez pas traîner, monsieur, on pourrait vous la prendre.
Vous haussez les épaules :
— Je ne sais même pas ce qu’il y a dedans.
Le type vous regarde avec défiance et s’en va. Après quelques mètres, il s’arrête puis revient vers vous.

— Ecoutez, je ne veux pas vous ennuyer, mais que faites-vous ici ?
Il vous invite à vous asseoir à côté de lui sur un banc :
— Vous étiez dans le dernier train ?
— Effectivement.
— Vous avez dû vous endormir.
— Je ne crois pas, je n’arrivais à dormir.
— Donc, vous êtes arrivé !
— Où ?
— Je ne sais pas moi !
— Vaudrait mieux que je retrouve ma chambre à coucher…
Le type se lève et repart, en vous rappelant de ne pas oublier votre valise.

Vous la prenez. Elle est très légère, comme emplie de plumes d’oie.
Des gens commencent à affluer sur le quai.
Ils vous regardent étrangement, certains sourient.
Vous remarquez alors que vous êtes en pyjama.

Ce qui n’est pas si étonnant puisque vous êtes dans votre lit.

Et vous vous rendormez…

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4. Le Cirque d’hier

Maintenant, nous allons visiter le Cirque d’hier, venez avec moi.
Asseyez-vous.
Oui, là, dans ce fauteuil, fermez les yeux et écoutez.
Des sons…

Un tambourin lointain ?
Des cloches en mousse ?
Des confettis ?

Les clowns arrivent sur la pointe des pieds, riant à voix basse.
Ils sont maquillés de fleurs, dignes et lunaires.
Ils saluent et disparaissent dans un flot de petits papiers dorés.

Au fond, un tourniquet laisse passer des boules qui roulent vers vous, lentement.
Vous vous approchez pour mieux les voir.
Alors, elles deviennent des feux follets et disparaissent aussitôt.

Une onde mystérieuse vous enveloppe et vous vous lovez au fond du fauteuil.
Ne bougez pas, vous voilà sur un manège de papillons qui sortent de leur ronde et s’envolent.
Les couleurs ont fondu,
Les sons s’évanouissent,
Le cirque s’éteint,
Des morceaux de manège restent coincés aux coins de vos paupières…

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5. Station Arc-en-ciel

Nous attendons à la station.
Un Inconnu me demande :
— Vous avez déjà voyagé en arc-en-ciel ?
— Bien sûr, chaque fois que le temps le permet !
— Ah ? Il devrait arriver, n'est-ce pas ?
— Sans doute. Avec cette petite pluie tenace et le soleil qui sort, juste derrière...
Je ne peux achever ma phrase ; l'escalier s'arrête devant nous.

Nous montons. L'Inconnu s'installe à côté de moi et avoue :
— C'est la première fois.
— Vous verrez. Cet arc-en-ciel résiste au temps. Vous serez satisfait.

Confortablement, sans secousses ni cahots, l'escalier monte doucement.
Nous flottons.
Le ciel est notre voisin.
Des nuages glissent, se heurtent, s'excusent et s'éloignent.
L'escalier arrive au sommet.
Il ralentit et se repose un peu.

Nous sentons les couleurs sur notre peau ; elles sont souples et nous imprègnent d'une harmonie sereine.
Nous entamons la descente. Elle s'annonce délicieuse.
Mon compagnon émet un léger ronronnement. Dormirait-il déjà ?

La descente se fait tout doucement.
Les couleurs se taisent,
Les matières sont souples et douillettes,
Nous sommes dans une bulle,
Il n'y a plus de pesanteur…

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6. La spirale apprivoisée

Depuis des années, je capture des spirales.
Je les apprivoise.
Je leur enseigne la politesse, la grammaire, les lois de la gravité et les théorèmes de Pythagore.

L’une d’elles, particulièrement douée, a accepté d’être louée pour une nuit.
Je vous explique :

Dès l’entrée de la spirale, vous vous sentez bien.
Ce n’est pas une spirale comme les autres !
Un maître hindou lui a donné des leçons de rêves qu’elle sait transmettre comme personne.
Donc, vous faites quelques pas vers l’intérieur de la spirale, elle tourne à votre rythme.
Elle vous dira de ne pas faire de bruit et vous vous contenterez de chuchoter :
— Où allons-nous ?
— Nous reposer.
— Je ne suis pas fatigué !
Elle rit à voix très basse :
— Ho ! ça viendra !
Elle a raison.
Plus vous vous approchez du centre,
Plus vous baillez,
Plus vous vous engourdissez.
Vous fermez les yeux.

La spirale ne tourne plus,
Elle se creuse en forme de puits moelleux.
Et vous, vous vous sentez si bien…

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7. Les fleurs-poèmes

Entre marguerites et myosotis,
une brassée bleue clignote sous le soleil.

Vous vous installez sur l’herbe.
Une niche, sous un buisson de juillet,
abrite des fleurs ébouriffées.
Des fleurs en papier.

Jeunes encore,
les pétales se déplient, se déroulent
et secouent les mots.

« Le sang des mots
Des mots de cendre
Qui veulent prétendre
Parler de mots brûlés
Du silence des mots
Des choses tues
Des peines pointues
Des aveux clos
Des mots en trop… »

Les fleurs ouvertes
sous les poussées de sève
dans l’ombre des mots
au fil des mois d’été,
les fleurs déchirent
des mots, des mots, des mots.

Les fleurs en papier
cœur bleu déplié
sèment des poèmes
uniques et lyriques,
impudiques, épiques,
les mots jouent entre eux et en chœur.

L’été dernier,
des graines de mots dorés
se sont égarées jusqu’à cette prairie.
…et aujourd’hui,
vous êtes là pour les cueillir.

L’air est doux.
Vous sentez le vent tiède sur vos joues.
En la, en si, en si bémol,
en Éluard, Prévert ou Rimbaud,
en nuages, en bleu, en émeraude,
en voyelles, en relief, en consonnes,
en sourires, en soupirs.

Vous vous allongez sur l’herbe
et fermez les yeux…

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8. Le passage

— Voyons ! Arrêtez de gigoter dans votre lit, le sommeil ne viendra pas comme ça ! Venez avec moi, nous allons descendre.
— Descendre ?
— Oui, à l’envers.
— Comment ?
— Comme il faut.
— Où allons-nous ?
— Autre part.
— Ailleurs ?
— Certainement. Jusqu’au bout.

Au bout, une rue déborde d'êtres vagues, de silhouettes, d’ombres.
Tout s'éloigne à reculons.
Même les pensées,
Même le vent,
Même les nuages,
Même les dernières réalités.

Vous murmurez :
— C'est étrange...
— Vraiment ? Vous verrez, c’est très facile !
— Faut-il parler à l’envers ?
Voulez vous si.
— Pardon ?
Si vous voulez. Mais il ne faut pas se forcer, juste avancer à l’envers, s’enfoncer.
— Le monde devient plus petit… Est-ce que je rêve ?
— Non, pas encore.

La rue devient déserte.
Les formes disparaissent peu à peu.

Vous glissez, toujours à reculons.
Le trottoir rétrécit.
Au bout, un rideau flou.

— Je vous laisse à présent, vous êtes arrivé !

Le rideau vous entraîne, vous le traversez.
Il est doux comme le duvet de votre lit…

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9. Rencontre avec un rêve

Parfois, on se promène au hasard.
Sans but.
On croise des inconnus.
On traverse des paysages qu’on n’avait jamais vus.

Un jour, vous rencontrez un rêve.
Vous faites connaissance :
— Bonjour, je suis le rêve du 20 du mois dernier, celui de minuit 32…
— Enchanté. Je ne me souviens plus de vous.
— Vraiment ? Cela ne m’étonne pas ! Vous n’avez rien noté à votre réveil.
— Pourquoi ? Qu’aurais-je dû noter ?
— Tout le monde sait cela, voyons ! Si on ne note pas son rêve au réveil, on l’oublie.
— Peut-être voulais-je l’oublier ?

Le rêve réfléchit, puis s’indigne :
— Certainement pas ! C’était un très beau rêve !
— Que vous dites ! Je ne me souviens de rien !
— Impossible. Je vous raconte : « Vous étiez avec des amis, puis vous les avez quittés en prenant un vélo, puis en sautant sur une seule roue, puis vous avez dû franchir un versant de montagne, qui n’était pas une montagne mais une pile de livres, qui n’étaient pas vraiment des livres… alors, ce n’était pas vous… »
— Arrêtez, vous dites n’importe quoi.
— Non, je ne suis qu’un rêve… Et vous avez trouvé un billet de loterie…
— Ah ! ça devient intéressant !
— Heu... Vous n’avez rien gagné....
— Menteur ! Je me souviens du billet de loterie. On me l’avait volé !

Le rêve paraît gêné.
— Vous croyez que...
— C’est vous qui l’avez pris, avouez !
— Mais non, je suis un rêve honnête, moi.

Il se met à pleurer.
— Le billet est tombé dans la sacoche du vélo qui…
— Je n’ai pas de vélo.
— Ça ne fait rien, je vous prêterai le mien…
— C’est gentil…

Ils pleurent tous les deux, puis se redressent :
— Avec tout ça, ce n’était donc pas un beau rêve, n'est-ce pas ?
— Si. Puisque votre chat perdu est revenu.
— Que dites-vous ? Vous avez retrouvé mon chat ?

Le rêve, un peu agacé :
— Moi, non.

Puis il devient pensif. Cette histoire commence à l’intéresser :
— Sans blague ? Vous avez perdu votre chat ? Quand ?
— Le mois dernier… Dites-moi où il est.
— Je ne sais pas, moi, je me suis réveillé ensuite.
— S’il vous plaît, faites un effort, dites-moi où il est.
— Ça suffit ! Vous n’aviez qu’à ne pas le perdre !
— Si vous croyez que c’est de ma faute… Je n’y suis pour rien, moi !

Le rêve réfléchit, puis lui donne une tape sur l’épaule :
— Écoutez… vous n’avez qu’à rêver, vous aussi, et continuer l’histoire. Vous finirez bien par le retrouver…
— Vous croyez ?
— Essayez donc. Et, par la même occasion, essayez de retrouver le billet de loterie…

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10. Double-cinq

Une famille comme beaucoup d’autres : deux parents, deux enfants...

Une soirée calme.
Après le dîner, ils jouent aux dominos.

Les parties se succèdent.
Celle-ci sera la dernière, un domino a disparu et on ne le trouve plus…

En fait, le domino a profité d’un moment d’inattention.
Il a exécuté un looping-arrière, hop, ni vu, ni connu, est retombé sans bruit sur le tapis et a pris ses jambes à son cou.
Double-cinq préparait son évasion depuis quelques temps déjà.

La porte du salon est ouverte, il glisse vers l’entrée et quitte l'appartement par la chatière, profitant d’un gond mal ajusté.

Vous vous lancez à sa poursuite.
Déjà, lors de la première partie, vous aviez remarqué le mauvais caractère de ce domino.
Mauvais perdant, traînard, râleur…

Double-cinq a déjà une bonne longueur d’avance.
Il rebondit à toute vitesse sur les marches de l’escalier, pestant contre ces trois étages qui font mal aux chiffres.
Le voilà au rez-de-chaussée, et la porte d’entrée de l’immeuble est enfin devant lui, fermée.
Il se cache dans une boîte à lettres en attendant un moment propice.

Vous êtes, vous aussi, arrivé dans l’entrée.
Vous observez tous les recoins sans trouver le moindre domino.
Vous remontez d’un étage, redescendez, montez encore.
Vous remontez jusqu’au dernier étage.
Redescendez.
Remontez.
Redescendez.
Les jambes en marmelade, le souffle court, vous êtes une fois de plus dans le hall d’entrée.
Où est donc passé Double-cinq ?

Le carillon d’entrée sonne, c’est un visiteur pour la jeune fille du deuxième étage.

Vous ne bougez pas d’un cil, immobile, aux aguets.
Vous surveillez attentivement tout mouvement.

Et voici que Double-cinq sort de la boîte à lettres et s’élance à toute vitesse vers l’entrée.
Sur le marbre un peu rosé, sa carapace noire et blanche fait tache.
Vous faites un plongeon de niveau olympique, et attrapez le fuyard sous les yeux ahuris du visiteur du deuxième étage.

Et c’est d’un pas vainqueur que vous rentrez au logis.
Les autres dorment déjà.
Le domino est remis dans la boîte de jeu, à double-tour.

Vous vous couchez.
Vous avez mérité votre repos de héros…

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moutons
« On jugerait bien plus sûrement un homme d'après ce qu'il rêve que d'après ce qu'il pense. »
Victor Hugo, Les Misérables.

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