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Le syndrome de Stockholm

J-Marc Epstein

Les enfants dans leur famille
(extrait de "L'étude des syndromes")

Lorsque, lors d'un enlèvement, des otages manifestent vis-à-vis de leurs ravisseurs des marques de soumission et même de sympathie, on appelle cela le syndrome de Stockholm.
On évoque peu la situation de victimes qui n'ont été soumises à aucun kidnapping physique tel qu'on le conçoit, et qui, néanmoins, manifestent tous les symptômes de ce syndrome.
C'est le cas d'enfants soumis à une trop forte autorité parentale. On retrouve le même schéma de dépendance psychologique des victimes vis-à-vis de leur père ou de leur mère (ou même des deux à la fois). C'est le phénomène de "compliance " (Amitai Etzioni). Incapables de réagir, ils se soumettent et coopèrent, cherchent à séduire le bourreau pour "l'attendrir".
Leur comportement est tout à fait identique à celui des victimes d'un enlèvement.
Le cadre familial prépondérant leur ôte toute liberté d'expression personnelle. Ils subissent une interaction comportementale et se calquent, par survivance psychologique, sur les dominants.

Commentaires

Les textes sont lus et corrigés (si nécessaire) avant d'être publiés. Toute connotation religieuse ou tendancieuse ne sera pas reportée.

Voici mon histoire et peut-être faut-il y voir l'illustration du syndrome de Stockholm:
En 74 je décide de divorcer, or nous avons trois enfants âgés de 1, 3 et 5 ans.
Mon mari est instable et violent. Moi-même je suis une "gentille convertie", infirmière diplômée d'État.

Mon mari kidnappe les enfants qu'il confie à trois familles en Angleterre.
Huit années de recherches assidues, nous vivions au Québec où l'acte de mon mari ne peut être considéré comme criminel car selon le Code Civil de l'époque, un père ne peut être accusé de kidnapping - "loi patriarcale" issue du Code Napoléonien.

En 82, je réussis à retracer les enfants, l'aînée chez une autre famille dans l'état de New-York et les deux plus jeunes, depuis peu avec leur père remarié à Miami.
Années de lutte en cour de justice pour au moins avoir des droits de visite...

Bref, arrivons à aujourd'hui :
Les enfants ont par eux-même repris (ou recréé) un contact avec moi depuis 1992. Contact repris, comme par hasard, dès mon retour en France (2 mois après exactement).
Les enfants sont grands, ne parlent pas le français, je marche sur des oeufs ne voulant pas jouer le jeu de la couverture que l'on tire à soi, tout en laissant savoir aux enfants que ma porte et mon coeur sont ouverts.
Nous nous voyons régulièrement, tous trois vivent à New-York où maintenant j'ai 8 petits-enfants...

*

Il reste néanmoins que je n'ai jamais ressenti que les enfants aient de colère par rapport au kidnapping.
Le père leur ressasse sans relâche qu'ils le trahissent et font preuve de manque de reconnaissance car il s'est "sacrifié" pour eux devant s'enfuir avec eux pour "sauver leurs âmes".

*

La plus jeune, qui a toujours été la préférée de son père se permet tout (multiples petits amis), a été la première à reprendre contact avec moi qui suis, selon le père, "l'ennemie".
Néanmoins, richement mariée, elle envoie une rente mensuelle à son père tout en étant charmante avec moi.
Les deux aînés semblent eux plus soumis aux "aspirations religieuses" de leur père...
Mon désir n'est pas de voir mes enfants détester leur père, car j'ai appris à m'effacer devant ce que je pense être le bonheur de mes enfants, mais que ceux-ci se libèrent de ce que je crois être une forme du syndrome de Stockholm.

Écrit par : Emmanuele L. | jeudi, 8 janvier 2009


Nous sommes une famille de six enfants, et mon père nous a tous maltraités. Nous avons souffert de sévices corporels graves, (mon état a nécessité des interventions médicales alors que j’étais encore en bas-âge). Malheureusement, la justice n’est jamais intervenue.

Quatre d'entre nous sont des handicapés mentaux à des degrés divers, certains très graves, résultat probable de la violence et des coups que nous avions reçus.
Nous avons tous été affectés dans notre intellect, notre affectif et notre personnalité.
Je pense qu'un enfant maltraité ne peut développer son intelligence normalement. Plus les violences sont graves, plus les séquelles le sont.

Écrit par : Marianne C. | mardi, 29 décembre 2009


Je viens de lire les témoignages au sujet du syndrome de Stockholm et je suis l'auteur d'un livre qui en parle mais de manière connexe ("Secret de famille").
J'ajouterais à celui de la femme dont le mari a enlevé les enfants qu'elle n'a retrouvés qu'à l'âge adulte malgré détectives etc., et qui ont à présent une attitude ambiguë envers elle, aimables certes mais apparemment plus ou moins "solidaires" de celui les lui a soustraits pour ensuite les disperser dans des familles d'accueil et ne les reprendre que tardivement etc.. j'ajouterais donc que cette attitude est d'une banalité affligeante, y compris dans des cas moins difficiles et même quasi anodins.
L'enfant qui est "défendu" contre un parent (le père le plus souvent) pas nécessairement maltraitant mais par exemple "léger", versatile, égoïste ou privilégiant "sa" propre famille (d'origine juive dans un cas) au détriment d'eux (désignant comme "sa" famille son groupe initial c'est à dire sa mère et ses cinq sœurs et jamais celle qu'il formait avec sa femme et ses deux enfants) l'enfant donc peut parfois prendre le parti de celui contre lequel il a été défendu et protégé, ALORS MEME QU'IL BENEFICIE DE CETTE PROTECTION contre laquelle il est loin de cracher.

Une attitude déroutante. Opportunisme contre sincérité ? Aveuglement contre perspicacité ? Peut-être LES DEUX. Un aveuglement de circonstance, volontaire. Exemple : une jeune fille devenue adulte a d'assez bonnes relations avec son père auquel elle ne reproche rien (du moins rien sur ses problèmes réels, notamment sur sa négligence lorsqu'elle était enfant qu'elle ne peut pas ne pas avoir perçue et dont elle ne peut pas ne pas avoir souffert) ou en tout cas rien directement tandis qu'avec sa mère qui l'a tirée du pétrin au détriment de sa propre intégrité (et qui en a encore des séquelles), a des relations strictement "mondaines", ne la voyant qu'en des circonstances où elle ne peut pas l'éviter tout en se montrant charmante ou lui demandant parfois quelques menus services. Il se peut cependant qu'elle soit consciente du problème (?) et manifeste à l'EXTERIEUR une grande admiration pour elle. Certains enfants, se sentant trop fragiles (des filles surtout) choisissent... l'absentéisme... ce qui n'est pas incompatible avec quelques "requêtes" en sous main (hypocrisie? pas vraiment mais on n'en est pas loin) genre "je ne veux rien savoir de "tes" histoires tout en n'ignorant pas que ces "histoires" sont ou ont été une lutte POUR ELLES : l'occultation de la "vérité" des faits est chez certains de ces enfants extrêmement prégnante jusqu'au comique. Manière de résister? Fragilité? Opportunisme ? Sans doute tout cela se mêle-t-il. Le fait est qu'ensuite, le bénéfice (financier ou autre) peut être conséquent, celui qui les a négligés (parfois sans s'en rendre compte) étant reconnaissant... tandis que d'autres enfants qui, eux, se sont montrés solidaires d'un combat qui était celui de leur mère mais également le leur, peuvent le payer cher.

Celui qui est affecté du syndrome va vers "le plus fort" ou celui qu'il juge tel, parfois sans méjuger celui qui le défend (ou de manière modérée et implicite lorsqu'il s'agit de la famille) mais parfois au contraire extrêmement agressif envers lui ! Ils manifestent une sorte de distance de bon aloi qu'on peut comparer à l'absentéisme. Il arrive même que, témoin de gestes extrêmement violents au cours de dispute (A SON SUJET, la mère exigeant par exemple du père un plus grand investissement de ses enfants) il feigne de ne rien avoir vu ni entendu, refuse de prendre parti voire congédie celle qui a ferraillé pour lui ("une affaire que ne le concerne pas") tout en acceptant les "gains" obtenus. A contrario, celui qui s'est engagé directement ou par solidarité paye parfois le prix fort même et surtout s'il a été "victorieux". Une comparaison dure mais forte : les grèves durant lesquelles des ouvriers se battent pour certains plus défavorisés qu'eux... qui affectent de ne pas être dans le coup, mais ne cracheront pas sur les acquis ensuite... sans toutefois défendre ceux qui leur ont tiré les marrons du feu au cas où ça tourne mal (même si la grève a été victorieuse, il y a souvent des rétorsions ensuite contre les "meneurs" ou simplement les engagés). Le syndrome de Stockholm, c'est aussi cela.

Autre chose plus lourde : il arrive que les victimes d'actes gravissimes (ce n'est pas les cas que je viens de citer ici) non seulement, eux aussi, pratiquent le déni et la solidarité envers le doleur (le père souvent) MAIS PARFOIS AILLENT JUSQU'A TACLER LES VICTIMES D'ACTES IDENTIQUES QUI SE REVOLTENT. Exemple type, les femmes "battues" qui éreintent les féministes qui les défendent elles ou en défendent d'autres dans la même situation. Exemple : j'ai subi dans l'adolescence une agression sexuelle d'un proche (pas un viol) unique et jamais réitérée (pour simplifier, on dira que ce fut un quart d'heure de "folie" dans une vie exemplaire qui se termina à 85 ans) mais, non soutenue, j'ai dû vivre avec et parfois ça ressurgit encore... Cependant, lorsque j'ai commencé à en parler (récemment!) notamment à un parent le plus proche qui soit (mon cousin germain, mon "frère" succédané, étant comme lui fille unique) le résultat fut une lettre d'insultes... qui en fait, je l'ai appris longtemps après, provenait non pas de lui mais de sa femme... Or elle-même a, soit vécu, soit été témoin d'agressions sexuelles infiniment plus graves de la part aussi d'un proche et l'a toujours occulté voire nié (malgré le témoignage accablant d'une nièce qui en a été témoin et ensuite victime et qui s'est suicidée peu après). Elle avait tout simplement signé à sa place et j'avais réagi comme elle l'avait prévu, en acceptant la rupture, et sans le contacter pour vérifier s'il était bien le co auteur du poulet, ne voulant pas de me mêler de "ça" et les faire se disputer au cas où il n'aurait pas été tout à fait d'accord avec le corpus de cette terrible lettre. (Je supposais qu'il avait dû mettre des réserves mais étais loin d'imaginer qu'il n'était au courant de rien.) J'ai appris incidemment et presque par hasard le fin mot de l'histoire (dont mon fils, lui, plus perspicace, se doutait, les deux signatures -éloignées l'une de l'autre pourtant- étant visiblement de la même main que le corps du texte) lorsque je renouai avec celui-ci: à une réflexion anodine de sa part ("pourquoi ne m'as-tu pas appelée ?" -il s'agissait de la mort de mon père que j'ai veillée seule tout une nuit alors qu'il habitait à côté-) j'ai éclaté devant ce que je pris pour de la feinte naïveté : "Tu le sais bien"...

Les syndromes de Stockholm sont bien ce qu'il y a de plus difficile à traiter et même à détecter, et, il faut le reconnaître, à aimer. Parfois déroutants, décevants, opportunistes, machiavéliques, manipulateurs, tirant sur qui les aide et courtisant qui les éreinte, toujours dans le sens du vent etc... Leur excuse : les traumas lourds (ou légers) issus de leur enfance, de qui les aime croient-ils ou qui ILS aiment, et leur douleur/fragilité devant une situation paradoxale peut-être ingérable... ainsi souvent que leur absence de sens politique, de discernement, de perspicacité. Peut-on dire d'intelligence ? Non, mais d'une certaine forme d'intelligence : la jeune fille dont il est question au début de ce texte est/fut une excellente élève et elle est à présent titulaire d'un doctorat, et la faussaire de la lettre semble également assez douée mais en maths (pas en philo, cas rare, à moins que les maladresses de style et de syntaxe n'aient été voulues pour corroborer la rédaction collective du texte, voire issu de son mari seul car technicien, il est un peu moins écrivant qu'elle.) Disons que les SS manifestent une intelligence normale ou supérieure à la moyenne mais mal exploitée et obérée par les affects comme c'est souvent le cas chez les femmes, chez les enfants évidemment ainsi que chez tous les personnages naïfs qui peuplent les familles et parfois la ruralité. Un autre exemple (mais là, plus drôle) est celui d'un homme que j'ai défendu contre un LVIP (little very important person) de village qui, une fois son procès gagné, m'en a intenté un sans doute pour complaire à celui qui l'avait pourtant au départ quasi anéanti.

Écrit par : Hélène Larrivé | samedi, 6 août 2011


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