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Boualem Sansal, né en Algérie en 1949, est un écrivain de renommée internationale. Son œuvre, exigeante et courageuse, portée par une langue française d’une grande force, interroge la mémoire, la liberté et l’avenir des sociétés. En 2011, le Friedenspreis, le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands, lui a été remis à la Paulskirche lors de la Foire du livre de Francfort. L’Académie française lui décerne en 2013 son Grand Prix de la Francophonie, puis, en 2015, son Grand Prix du roman pour "2084. La fin du monde". Il reçoit en 2025, sous la coupole de l’Institut de France, le Prix mondial Cino Del Duca. Boualem Sansal a été élu à l’Académie française le 29 janvier 2026. Il a également été élu le 11 octobre 2025 à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, où il a été reçu le 25 avril 2026. Son parcours rappelle à quel point la liberté d’expression demeure fragile, et combien la parole d’un écrivain peut encore déranger. Homme libre, lucide et profondément humain, Boualem Sansal a toujours refusé les conformismes, les mensonges d’État et les fanatismes. Son emprisonnement d’environ un an en Algérie, à la suite de propos tenus en tant qu’écrivain, a suscité une vive émotion dans le monde littéraire et bien au-delà. Depuis sa libération et son retour en France, son nom reste au centre de débats très vifs, voire hostiles, où l’on mêle trop souvent l’œuvre, l’homme et les polémiques du temps présent. |
Boualem Sansal lors de la remise du Grand Prix du Roman Photo : ActuaLitté, CC BY-SA 2.0, recadrée. Boualem Sansal, en écho à OrwellRoman visionnaire, 2084 – La fin du monde évoque un monde totalitaire où la foi est instrumentalisée, la pensée interdite, et le langage vidé de son sens. L’auteur y explore avec une précision glaçante les dérives d’une société où tout est sous contrôle. Une lecture essentielle, dérangeante et lumineuse. Une œuvre majeure. Il y a des livres qu’on ouvre comme on pousse une porte rouillée. Derrière, pas un jardin. Un désert. Un silence qui fait peur. Et parfois, une voix — celle d’un homme qui écrit en hurlant doucement. Boualem Sansal, dans 2084, imagine un monde sans mémoire, sans liberté, sans doute. Un monde parfait, disent-ils. C’est-à-dire : un monde fermé. Ce roman, publié en 2015, fait frissonner autant qu’il fait réfléchir. Inspiré par Orwell mais porté par une colère toute contemporaine, il dénonce le totalitarisme religieux en créant un univers fictif, Bigaye, où l’on parle une langue inventée (l’abilang), où toute pensée est filtrée par un dogme, et où l’Histoire a été effacée. C’est de la fiction. Bien sûr. Comme il le dit lui-même : “Le monde de Bigaye que je décris dans ces pages n’existe pas et n’a aucune raison d’exister à l’avenir… Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux.” (…Mais toi qui lis, tu dors encore ?) Voici ci-dessous un court extrait de l’introduction de ce roman. Je ne peux pas partager le texte entier, mais je vous invite à le découvrir si cette dystopie vous parle — et surtout, à ne jamais cesser de douter, même quand tout semble "sous contrôle". 2084 - La fin du mondeCe roman de science-fiction crée un monde fondé sur l'amnésie et la soumission à un dieu unique. Inspiré par "1984" d'Orwell, le pouvoir religieux extrémiste a lancé une nouvelle langue, l'abilang : « L'abilang n'était pas une langue de communication comme les autres puisque les mots qui connectaient les gens passaient par le module de la religion. » AVERTISSEMENT Le lecteur se gardera de penser que cette histoire est vraie ou qu’elle emprunte à une quelconque réalité connue. Non, véritablement, tout est inventé, les personnages, les faits et le reste, et la preuve est que le récit se déroule dans un futur lointain dans un univers lointain qui ne ressemble en rien au nôtre. C’est une œuvre de pure invention, le monde de Bigaye que je décris dans ces pages n’existe pas et n’a aucune raison d’exister à l’avenir, tout comme le monde de Big Brother imaginé par maître Orwell, et si merveilleusement conté dans son livre blanc 1984 n’existait pas en son temps, n’existe pas dans le nôtre et n’a réellement aucune raison d’exister dans le futur. Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle. La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité. |
Réception critiqueCritiques positivesPour l'Express, « Fable, parabole, pamphlet, roman total d'une dictature sans Histoire porté par une plume fantasmagorique, 2084 méduse le lecteur », tandis que pour Libération, « le lecteur finira lui aussi par être emporté par le flot de Sansal pour couler à pic dans le cauchemar que nous fait vivre 2084 ».Michel Abescat dans Télérama considère que « la fable est puissante, l'humour, ravageur, le propos, glaçant. 2084 est un livre hors du commun, une mise en garde adressée par l'auteur à ceux qui, selon lui, sous-estiment le danger islamiste ». Critiques neutresPour l'Obs, « En tant que fable, 2084 souffre d’un didactisme qui rend le récit abstrait, et empêche de s’intéresser au sort des personnages. Le texte est en revanche porté par une joie du sacrilège ».Critiques négativesPour Paris Match, « Dans vingt ans, quand les eaux islamophobes de France auront regagné leur lit, on se demandera comment on a pu s’emballer pour un thriller aussi lent. » |