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Bollog n'est pas une poire

Droits d'auteur ©nikibar.com 2006 - Reproduction, traduction, adaptation, interdits sans le consentement de l'auteur.

Être un frayer :
(Être candide, un jobard, le dindon de la farce, une bonne poire...)
Maladie honteuse et méprisable qui touche surtout des individus enclins à une générosité et à une gentillesse naturelles.
On peut s'immuniser contre cette maladie en évitant soigneusement les germes, et cela dès la petite enfance. Aussitôt qu'interviennent les premiers symptômes d'abnégation ou de dévouement chez votre enfant, achetez-lui des gants de boxe et offrez-lui un martyr à embrocher lui-même.
Le pouvoir et la domination représentent des soins palliatifs efficaces : il suffit de les brandir pour ne pas être un frayer.
Le milieu social, familial, politique sont souvent déterminants, quoique ceux qui résistent le mieux aux germes de la frayerite peuvent être de tout bord.
On peut pratiquer l'auto-immunisation ; voici une méthode efficace : tous les jours, on se regarde dans le miroir, le regard arrogant et dédaigneux et on se répète plusieurs fois de suite : "Je ne suis pas un frayer !" Il suffira ensuite de piétiner quelques victimes expiatoires et le tour sera joué.

Dès l'aube de sa vie, bébé Bollog apprend que pour survivre au sein de notre dure société il ne faut surtout pas être une "bonne poire". Au jardin d'enfant, déjà, il en entend parler.
"- Veux pas donner les cubes à Lili ! se fâche le petit Bollog.
(Lili est la petite peste toute blonde qui adore vous éclabousser de sa grenadine.)
- Allez, mon chéri, dit la maîtresse. Si tu donnes les cubes à Lili, tu auras un chocolat.
Du chocolat ! Miam ! Ce qu'il préfère !
- Bon, veux bien !"
Il donne les cubes à la peste mais, quand il tend la main pour recevoir son chocolat, on ne lui remet que sa portion vitaminée qui a un goût de vieux poisson mité :
"Mange ça ! C'est bon pour toi !"
Les autres mioches le huent pour sa faiblesse : "Hou ! Quel frayer ! (quelle poire !) Il a cru au piège du chocolat !"

Au lycée, puis pendant son service militaire, le jeune Bollog apprendra que pour être un homme il ne faut surtout pas être une poire !
Il lui est arrivé une fois d'accomplir pendant toute une journée des exercices en portant le sac de ravitaillement confié à son copain Pierrot car Pierrot s'était plaint de ses lombaires. Bollog a eu pitié de lui - un moment de faiblesse, probablement...
Il a chargé son sac en plus du sien. Pendant que son copain marchait à côté de lui d'un pas léger et les mains dans les poches, Bollog, le dos courbé, le cou cassé et les reins hachés, souffrait et ahanait...
Il finit l'entraînement sur les rotules, dans un si piteux état qu'on dut l'emmener à l'infirmerie.
Le médecin qui l'examina lui apprit que son dos avait été mis à mal : "Il vous faudra surveiller votre colonne vertébrale dorénavant..."
Ce fut le dernier acte charitable de Bollog...

Le jeune poulet est devenu un coq suffisant à la crête dressée en pointes et au plumage lisse et raide. Hautain, bouffi d'orgueil, il a retenu une leçon coupée et cousue à ses mesures. Plus question pour lui d'être serviable : gentillesse et complaisance sont définitivement reléguées au panier... Il se gonfle de mépris et d'arrogance, et étale un égo au zénith. Qu'importent les autres, lui, Bollog, leur montrera désormais qui il est !
Alors, depuis, si quelqu'un lui demande, ose lui demander, le moindre service, Bollog se méfie : "Mais qu'est-ce qu'il croit celui-là ? Que je suis une poire ? Je ne suis le frayer de personne, moi !"
Bollog en fera sa devise. Sa femme lui demande de faire quelques courses en rentrant, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
Son boss lui demande de faire des heures supplémentaires car deux membres du personnels sont malades, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
Il est en voiture ; un piéton, un vieux monsieur, lui fait signe qu'il voudrait traverser la rue et lui demande de le laisser passer, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
...
Un conducteur veut le doubler, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
Un autre conducteur a la priorité et tente de passer, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
Les ambulanciers veulent prendre en premier l'autre conducteur, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
Les chirurgiens décident d'opérer d'abord l'autre conducteur, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
Au cimetière, les gens des pompes funèbres veulent l'enterrer, il refuse : "Je ne suis pas une poire !"
...
Mais plus personne ne l'entend...

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"Une fripouille est un opportuniste qui utilise la crédulité des gens pour les manipuler et qui sait en tirer profit à grandes doses de mauvaise foi. Un bollog, quoi..."


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